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Chez Nathalie Brevet et Hughes Rochette, influencés par l’urbanisme, la sociologie et le graphisme, la réappropriation de territoires et d’espaces est intimement liée à la mise en place d’un vocabulaire plastique dans lequel l’eau devient un moteur de création. La vidéo Etat d’une réflexion (2005) présentée à la Galerie Ipso Facto, les installations psyché (2001) et plus récemment [A'> venir réalisée à l’automne 2005 sur le site de préfiguration du futur Centre d’Art de Chelles en sont autant de manifestations.

par Audrey Illouz

L’installation [A'> venir s’articule autour de la redécouverte d’une abbaye – un site qui, par le passé, avait lui-même fait l’objet de transformations paysagères. À cette première approche historique du territoire succède une réappropriation physique et intime de l’espace dans laquelle l’eau agit comme un révélateur.
Le principe de l’installation est surprenant par son dépouillement et l’effet pourtant hypnotique : le sol de l’abbaye est inondé, une passerelle en caillebotis permet au « spectateur » de déambuler dans l’espace, un panneau publicitaire « désossé » ou plus exactement une structure en aluminium sur laquelle sont fixés 16 tubes fluorescents (référant aux panneaux publicitaires de la marque Avenir) est l’unique source lumineuse dans la pénombre. Cette source d’éclairage dénote une mise en abyme du regard, une mise en abyme de la position du récepteur face aux signes perceptibles dans l’espace urbain : le panneau publicitaire est détourné de sa fonction initiale. Un détour par le minimalisme et notamment par deux œuvres de Dan Flavin comme A Primary Picture, 1964 ou Untitled (to the « innovator » of the Wheeling Peachblow) 1966-1968 peut éclairer le propos. Là où chez Dan Flavin l’objet utile, le néon, était décontextualisé, détourné de sa fonction initiale et isolé pour acquérir une nouvelle puissance plastique, spectrale et fonctionner comme un cadre, chez Nathalie Brevet et Hughes Rochette l’objet utile est recontextualisé, il demeure utile mais sa fonction est réinvestie. S’il s’agissait uniquement de revisiter des objets utiles à l’aune du minimalisme et de leur conférer ainsi une puissance sculpturale, la tentative serait perspicace, le trait intelligent mais sans doute un peu vain. L’installation trouve sa force et son originalité dans le rapport qu’entretient l’objet utile en question – le panneau publicitaire – avec les notions d’image et de cadre. La sculpture ne devient signifiante que dès lors qu’elle est repensée dans son rapport à l’espace urbain où l’image nous est constamment imposée. Ici le panneau ne génère plus aucune image contrôlée. Les indices de l’image (le panneau publicitaire) n’en offrent aucune qui soit figée. Au spectateur d’en réactiver d’autres. Au contact de cette source lumineuse, l’eau fonctionne comme une surface réfléchissante produisant des images dérivées ouvrant vers de nouveaux territoires. Au miroir, les voûtes nous renvoient à des profondeurs abyssales.
L’installation psyché (2001) ou la vidéo Etat d’une réflexion (2005) jouent également sur le décalage entre les signes visibles dans l’espace urbain et leur détournement incongru – poétique et politique – au contact d’une surface réfléchissante. Dans Etat d’une réflexion les trois bandes irrégulières et verticales (bleu, blanc, rouge) qui apparaissent à l’écran sont le reflet inversé d’une enseigne de grande distribution qui se reflète sur le sol détrempé d’un parking. L’enseigne n’est plus identifiable. Seules demeurent les trois couleurs à charge symbolique qui s’effacent ou s’entremêlent les unes aux autres au gré des mouvements de l’eau. Psyché est composée d’une vidéo en boucle et d’une bande-son séquence dans laquelle l’image est le reflet d’un tag inscrit sur les murs d’un blockhaus du port de Saint-Nazaire. La bande-son réalisée simultanément aux images enregistre un groupe d’adolescents traversant cette ancienne base sous-marine. L’installation permet au spectateur de voir la vidéo des deux côtés de l’écran, ou plus exactement, des deux côtés du miroir (le terme psyché désignant entre autres un miroir mobile produisant une légère déformation des corps). L’injure contenue dans l’inscription n’est plus identifiable, les signes déformés se dilatent dans le reflet de l’eau et alternent avec des striures bleutées aux allures psychédéliques. Les reflets offerts par l’eau agissent ici comme un contrepoint poétique à la virulence de l’injure.
Qu’il s’agisse d’un tag (dans psyché), d’une enseigne (dans Etat d’une réflexion) ou d’un espace (dans [A'>venir), le signe au contact d’une surface réfléchissante perd son sens premier et se charge d’un nouveau pouvoir visuel. L’eau, véritable surface sensible dans laquelle le reflet grossissant ou déformant offert n’est jamais littéral, se charge d’une puissance cathartique et nous ramène à des territoires intimes.
 

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Expositions :

Galerie Ipso Facto, Nantes, 11 mars – 1er avril 2006
56, boulevard Saint Aignan - 44100 NANTES
Tél : 02 40 69 62 35
galerieipsofacto.free.fr
Horaires : le samedi de 14h à 18h et sur rendez-vous.

Vidéo’appart, Immanence, Paris, 23 mars – 9 avril 2006
21 av. du Maine – 75015 Paris
Tél- fax : 00 33 (0)1 42 22 05 68 www.art-immanence.org
Horaires : du jeudi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous.

Artcore, Paris, 11 mai – 15 juin 2006
Espace Molière – 40 rue Richelieu – 75001 Paris
Tel : 00 33 (0)1 47 03 09 60
www.artcore.fr
Horaires : du mardi au samedi de 14h à 19h

Liens utiles :

www.nathaliehughes.com
www.aud-802.com
 

Nathalie Brevet_Hughes Rochette, [A'>venir, 2005
(aluminium anodisé, acier peint, tubes fluo - 320 cm x 140 cm x 287 cm / h 440 cm)
Photographie de Franck Thibault.
Courtesy Nathalie Brevet_Hughes Rochette.
 

Nathalie Brevet_Hughes Rochette, [A'>venir, 2005
(aluminium anodisé, acier peint, tubes fluo - 320 cm x 140 cm x 287 cm / h 440 cm)
Photographie de Franck Thibault.
Courtesy Nathalie Brevet_Hughes Rochette.
 

Nathalie Brevet_Hughes Rochette, Etat d’une réflexion, capture d’écran, vidéo 8mn47s en boucle, 2005.
Courtesy Nathalie Brevet_Hughes Rochette.
 

Nathalie Brevet_Hughes Rochette, Etat d’une réflexion, capture d’écran, vidéo 8mn47s en boucle, 2005.
Courtesy Nathalie Brevet_Hughes Rochette.
 

Nathalie Brevet_Hughes Rochette, psyché, capture d’écran, vidéo / installation 4mn08 en boucle, 2001.
Courtesy Nathalie Brevet_Hughes Rochette.
 

Nathalie Brevet_Hughes Rochette, psyché, capture d’écran, vidéo / installation 4mn08 en boucle, 2001.
Courtesy Nathalie Brevet_Hughes Rochette.
 

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