EDIT:
 

par Florence Pillet

Le jeu est multiple, chacun l'interprète à sa façon et les expressions qui s'y rapportent semblent innombrables (« jeu de mains, jeu de vilains », « mettre sa vie en jeu », « les jeux sont faits », « jeux interdits » et je vous épargnerai la suite !). Pourtant mon dictionnaire insiste sur la spécificité de cette activité propre à l'humain et qui fait grandir les enfants : gratuité, liberté, divertissement et plaisir sont les mots clés qui le définissent. Mais le jeu ce sont aussi des règles, imposées, choisies, ou ignorées quand on choisit de tricher, c'est laisser une part au hasard, accepter que la surprise fasse partie du jeu sans être mauvais perdant. On remarquera que, dans l'usage de la langue, si les enfants jouent tout court, les adultes jouent « à quelque chose » (au tiercé, au foot, à la belote, avec sa santé), comme une liberté en moins. Je suis pourtant convaincue que le jeu n'a pas à cesser quand on grandit, qu'il n'est pas le privilège des enfants ou des fous, et qu'un peu d'attention nous permettra de l'entrevoir là où on ne l'attendait pas.

Nous avons voulu trouver dans ce numéro 7 d'EDIT: des liens entre le jeu, l'art ou l'image. Très vite, le sujet a dévié vers un des aspects les plus actuels du jeu : ses applications numériques et virtuelles. L'artiste Sophie Calle joue encore avec sa vie et le hasard, Rémi Parcollet s'interroge sur le jeu de la mise en abîme qui mobilise artistes et photographes dans l'espace de l'exposition, mais la majorité des contributions de ce numéro s'articulent autour du jeu vidéo ou de l'art numérique. Eric Chahi et Nicolas Bredèche présentent un essai dense et précis qui cherche à redéfinir la nature du jeu vidéo et les relations complexes qui lient le concepteur, le jeu et le joueur. Margherita Balzerani se penche sur le personnage désormais mythique de Lara Croft et à son rôle dans l'émancipation des héroïnes virtuelles avant de rendre compte du phénomène Second Life, echappée ludique sans être un jeu. Comme une parenthèse de retour au monde réel, Sandra Doublet redonnera le jeu aux enfants et s'intéresse aux activités de médiation ludique qui fleurissent dans les musées, en particulier au Palais de Tokyo, ou comment jouer permet d'approcher l'art.

EDIT: s'est donné pour mission de montrer et de diffuser des œuvres de jeunes artistes, en marge des institutions. La rubrique Portfolios présente trois artistes, utilisant la photographie, le jeu vidéo ou l'installation numérique. Les photographies d'Etienne Clément mélangent décors de squats et figurines « dinky toys » dans une vision nostalgique et un peu morbide du monde de l'enfance, comme pour nous montrer la vraie vie des jouets. Carlo Zanni conçoit « Average Shoveler », un jeu vidéo pour ceux qui ont joué sur Amiga et passent maintenant leur temps sur le web à suivre des dépêches RSS. Xavier Boissarie présente son installation numérique visuelle et sonore « Bandonéon » où le spectateur-joueur perché sur une planche de surf découvre les lumières de la ville. Pour la rubrique In:Edit, la photographe Anna Winkler nous emmène dans une ballade poétique en suivant un ballon jusqu'à sa fin tragique, dans des épreuves d'un noir et blanc fragile et précieux qui amène son histoire hors du temps présent.

Hors du thème, Edit: présente aussi des entretiens et un regard critique sur l'actualité des publications et des expositions. Saskia Ooms s'entretient avec le photographe Christophe Bourguedieu autour de la parution du livre "Les Passagers" chez Point du Jour Éditeur et Johan Swinnen évoque le travail de David Claerbout, mis à l'honneur cet automne par Beaubourg. Mark Lewis, Dieter Appelt, Rinko Kawauchi ou l'ouverture de la Cité de l'architecture du Patrimoine deviennent sujets d'articles critiques où les auteurs vous feront part de leur appréciation ou de leur déception.

Alors que Noël approche avec, comme le disent les grands magasins, « ses jouets par milliers », nous sommes heureux de vous accueillir de nouveau sur le site d'EDIT: pour ce numéro sur le thème du jeu et n'oublions pas que le jeu peut être partout, y compris là où on ne l'attend pas !

Vous êtes cordialement invités à la soirée qui est organisée le 19 février 2008 au Cube à Issy-les-Moulineaux où interviendront artistes et rédacteurs afin d'approfondir ensemble le thème du jeu.
 

 

Commentaires

Partout où créer c'est jouer, où le jeu introduit du jeu dans le système, ébranle quelque part les rapports de domination et les certitudes idéologiques qui les justifient, l'art est politique.
Marcuse
 
Matthieu Nicol – 23.01.2008
 
 

 
 
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