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« L’art en tant qu’espace, l’espace en tant qu’environnement, l’environnement en tant qu’évènement, l’évènement en tant qu’art, l’art en tant que vie, la vie en tant qu’œuvre d’art »

par Julien Voinot

Le Carré d’Art de Nîmes rend actuellement un hommage mérité à l’œuvre de Wolf Vostell, décédé en 1998. La rétrospective, au parcours chronologique, couvre près de quarante ans d’une carrière prolifique, souvent provocante et profondément marquée par l’histoire de son temps. Soulignons qu’est paru dans le même temps un beau catalogue d’exposition richement illustré. Egalement très bien documenté, il s’agit de l’un des rares ouvrages paru en français sur l’artiste et contribue ainsi à mieux le connaître en France.

Wolf Vostell est en effet l’un des artistes les plus importants de l’après-guerre en Allemagne, par les thèmes abordés dans son œuvre et par les différentes techniques utilisées. Né à Leverkusen en 1932, il subit de plein fouet les affres de la Seconde guerre mondiale et traverse en 1945 un pays en ruine. En 1954, il étudie les Arts Appliqués à la Werkkunstschule de Wuppertal (école pluridisciplinaire dans la tradition du Bauhaus) et en 1955 à l’Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris, dans la section peinture. Aux côtés des Nouveaux Réalistes, il développe le concept fondateur dé-coll/age et pratique l’affichisme, manipulant ou lacérant les affiches et les images de presse. Mais il abandonne peu à peu cette critique radicale des médias et de la société de consommation.

Dans les années 1960, c’est dans une Allemagne fédérale en pleine effervescence que son œuvre s’épanouit pleinement, dans la recherche d’expériences nouvelles des foyers artistiques tels que Düsseldorf, Cologne ou Darmstadt. A l’instar de Joseph Beuys, ses thèmes de prédilection demeurent principalement liés à l’Histoire, autour de l’Allemagne d’après-guerre et notamment des interrogations liées à la culpabilité du peuple allemand. Il utilise alors le béton, matériau peu habituel. Dans sa célèbre performance Désastres (1972), il enserre un wagon de béton, ainsi que le sexe d’une femme se trouvant à l’intérieur, en référence au célèbre tableau de Courbet L’origine du monde.

Wolf Vostell fut également, aux côtés de Nam June Paik, l’un des membres fondateurs de Fluxus et pionnier de l’art vidéo. Mêlant les techniques traditionnelles aux technologies les plus pointues, il fut l’un des tous premiers à utiliser des télévisions dans des œuvres d’art. C’est également dans le cadre de Fluxus qu’il organise un grand nombre d’« actions », de performances provocantes, happenings et concerts, dans une remise en cause quelque peu utopique de la société.

Témoin permanent des conflits de son époque, il prend également pour thème la guerre civile espagnole, la Guerre Froide ou encore la guerre du Vietnam. Ses œuvres les plus connues sont alors B52 (1962) où l’on voit un avion larguer des tubes de rouge à lèvres à la place de bombes, ou encore Flower Power (1968).

A partir des années 1980, il réinvestit le champ de la peinture, sans délaisser pour autant les performances ou la sculpture. Il traite ainsi de la chute du mur de Berlin (9. November 1989) ou de la guerre des Balkans, SaraJevo Pianos (1994). Sa disparition prématurée en avril 1998 à l’âge de 65 ans, à la suite d’une crise cardiaque, fut donc une grande perte pour l’art européen, tant Wolf Vostell a su à travers sa carrière sentir et retranscrire toute l’horreur d’un siècle marqué à la fois par la guerre et la mutation d’une société occidentale en bout de course.
 

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Wolf Vostell

Carré de Nîmes, du 13 février au 12 mai 2008
16 Place de la Maison Carrée, 30000 Nîmes

carreartmusee.nimes.fr
 

B52, 1962
 

Ihr Kandidat
 

Sarajevo Pianos, 1994
 

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