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Vidéos, performances et tableaux, plusieurs formes d’art sont représentées dans l’exposition « Hors d’œuvre : ordre et désordres de la nourriture » au CAPC de Bordeaux.

par Amélie Mayol

Exposition « Hors d’œuvre : ordre et désordres de la nourriture » au CAPC de Bordeaux
Du 9 octobre 2004 au 13 février 2005

On ne sait pas trop par où commencer et quel itinéraire suivre dans cette immense exposition sur la nourriture. En effet, si l’on se réfère au titre « hors d’œuvre », c’est-à-dire un mets servi en début de repas, on pense à une conception d’exposition plutôt cadrée comme pourrait l’être un plat bien défini. L’exposition pourrait donc se pencher sur la dimension esthétique de la nourriture ou bien encore sur la place de la nourriture par rapport au corps, enfin sur un thème précis d’un sujet aussi vaste.
Mais il n’en est rien ; l’exposition, nous explique-t-on, tourne autour de trois pôles : l’utilisation de la nourriture, ses matériaux possibles et les problèmes sociaux liés à sa production, sa consommation et son ingestion. Dès lors le mot « hors d’œuvre » serait à prendre dans un autre sens. Il définirait une chose non essentielle dont on pourrait se passer. Le sous-titre prendrait alors toute sa signification : « ordre et désordres de la nourriture », et effectivement, c’est un parcours chaotique qui attend le visiteur regroupant tout ce qui tourne autour de la nourriture : le sensuel, l’esthétique, le ludique, l’humaniste, le scatologique, le morbide… Tout cela sans aucune distinction ni aucun regroupement.
Au commencement, l’itinéraire est atypique et semé d’embûches : on manque de marcher sur les immenses pizzas de Michel Blazy. Elles sont géantes et se décomposent à même le sol. Plus loin, les indémodables et irrésistibles bonbons de Felix Gonzales-Torres attendent dans leur emballage argenté d’être pris par le visiteur. 344 kilos de bonbons enveloppés sont en effet dispersés sur le sol, ce tapis éphémère et brillant habille lui aussi le sol bétonné des entrepôts Laîné. Plus loin, d’une tente de toile une forte odeur intrigue, mais il y a peu de candidats pour le plat de moules préparé par Rirkrit Tiravanija ; cet artiste argentin s’interroge sur les lieux voués à l’art, en particulier le musée, en créant des espaces ouverts et conviviaux où les spectateurs peuvent se rassembler dans un abri pour déguster un plat typique. Ainsi l’exposition est-elle considérée comme une œuvre en soi et le spectateur en devient le composant en y participant. L’artiste se sert de la nourriture pour s’interroger sur le statut de l’œuvre d’art.
Quelques téméraires s’essayent au don du sang mis en place par l’artiste Alicia Framis avec son œuvre « Bloodsushibank » ; en contrepartie ils pourront déguster quelques sushis. On remarquera aussi la vidéo de Vanessa Beecroft rythmant le parcours avec de longs et lents plans sur plusieurs femmes d’âges différents attendant leur repas.
Malheureusement, le visiteur ne pourra voir la célèbre machine à digérer de Wim Delvoye « Cloaca Turbo » se mettre en marche ; cette machine qui a tant fait parler d’elle, montrant un processus de digestion qui ingère, digère et expulse, le tout mécaniquement et en transparence n’étant plus en état de marche.
Enfin, une très belle œuvre de transparence et de beauté « L’autre côté de la lune, 1984/1998 » de Mario Merz. Cet artiste présente un étalage de fruits et de légumes divers sur une structure de verre. On y retrouve d’anciens légumes difformes et biscornus comme les coloquintes révélant toute leur beauté accentuée par une présentation simple et transparente.

On ressort de l’exposition du CAPC légèrement abruti d’odeurs étranges et d’images de pourriture. Les artistes essentiels actuels ou passés s’intéressant à la nourriture sont présents dans cette exposition: Michel Journiac, Natacha Lesueur, Sophie Calle, Piero Manzoni, Jana Sterbak, toutefois un parcours moins confus et un choix plus sélectif d’œuvres aurait certes aidé à plus de compréhension sur un thème aussi vaste.
 

©Marc Vernier + Joëlle Sicard
 

Mario Merz (premier plan)
Felix Gonzales Torres (arrière-plan, au sol)
©Marc Vernier
 

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