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Rinko Kawauchi s’est fait connaître en remportant le 27e prix Ihei Kimura en 2001, récompensant deux livres publiés chez l’éditeur Little More, « Hanabi » et « Utatane ». Ce dernier, petit chef d’œuvre photographique, l’a révélée comme une des photographes les plus prometteuses du Japon. Martin Parr l’a d’ailleurs intronisée en vedette des Rencontres d’Arles en 2004 à l’occasion desquelles ont été exposées des photos tirées de « Utatane » et de sa série suivante « Aila ». Une exposition à la Fondation Cartier à Paris en 2005 regroupant différents travaux dont « The eyes, the ears » et« Cui cui » finit de la consacrer dans le milieu de la photographie. Après deux ans pendant lesquels elle fut plutôt discrète, Foil publie son dernier livre intitulé « Semear ». par Chung-Leng Tran |
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Invitée initialement par le MAM (Museu de Arte Moderna de Sao Paulo) pour photographier les migrants japonais et leurs descendants au Brésil, Rinko Kawauchi a débordé du sujet de départ pour l’élargir aussi à la nature, thème qui lui est cher. Le livre rassemble les photographies prises lors de trois voyages au Brésil (2006 – 2007), la plupart en format carré et certaines en 24x36. On peut y voir des scènes de la vie quotidienne (des enfants jouant au football, les incontournables carnavals – véritable image d’Epinal du Brésil), des intérieurs de maisons, des animaux, des plantes… Rinko Kawauchi a voulu saisir la force et l’énergie du Brésil dans « Semear » et si l’intention est louable, le résultat est malheureusement peu probant.
Elle a pourtant procédé de la même manière que pour ses premiers livres, mais semble avoir appliqué la recette un peu trop mécaniquement. Il y a une réelle alchimie qui se crée dans les associations d’images de « Utatane » et dans une moindre mesure de « Aila » (correspondances ou oppositions de formes, de couleurs, de matières…). Une mélodie silencieuse se forme dans ce dialogue entre les images, au lecteur alors de reconnecter les images entre elles et de relier ce qui est proposé en pointillés par la photographe. Les photographies en elles-mêmes sont souvent surexposées, prises en contre jour ou au flash avec des hautes lumières cramées et les cadrages peuvent paraître bancals, mais sous cette apparence de photographies techniquement ratées, il s’agit avant tout d’effets voulus et assumés par Rinko Kawauchi. Ce choix technique qui pourrait la fragiliser vient au contraire renforcer son propos. Le flare, ce trop plein de lumière, vient envelopper les images d’un élégant halo laiteux. Une douceur inquiétante baigne les photographies. C’est cette ambivalence qui rend les premiers travaux de Rinko Kawauchi si intéressants. Ce sont des photographies faussement naïves, d’une grande simplicité sans être évidentes et si elles se livrent très vite, cela se produit sans qu’on en épuise le sens au premier regard. Le cycle de la vie et de la mort ponctue l’œuvre de la photographe japonaise qui pose un regard empli de sensibilité sur des choses qui peuvent sembler insignifiantes (gouttes d’eau sur une feuille, poulets morts, une vague qui termine sa course en se dissipant sur la plage…). C’est ce même regard qu’elle a voulu porter lors de ses voyages au Brésil, mais là où on la sentait réellement en résonance avec ce qu’elle photographiait au Japon dans ses premiers livres – comme s’il y avait un lien invisible et intérieur, un ancrage profond –, il ne reste plus dans « Semear » que la vision extérieure d’une passante (1). Même les choix techniques – pourtant les mêmes – paraissent plus discutables, comme si elle avait fini par trébucher sur le terrain glissant qui était pourtant son jardin. De plus, la qualité d’impression, sans être mauvaise, n’atteint pas les nuances et la justesse de celle des livres édités chez Little More et achève donc de desservir les images qui n’avaient pas besoin de cela.
« Semear » se révèle être une grande déception au final et ce d’autant plus qu’aucune nouvelle série de Rinko Kawauchi n’était parue ces deux dernières années (2). Si quelques photographies sortent du lot, elles sont trop rares et surtout vite noyées dans le flot des autres images assez quelconques qui constituent, malheureusement, l’essentiel du livre.
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« Semear », photographies de Rinko Kawauchi, Foil, Tokyo, 2007.
Site de l’éditeur :
www.foiltokyo.com
Notes
(1) Rinko Kawauchi déclare dans un texte à la fin de « Semear » : « I visited various places, I took photographs, but all I was really doing was « looking », without any deeper meaning. »
(2) Deux petits ouvrages sont toutefois parus chez Foil en 2006. Basés sur son journal en ligne, ils reprennent les billets de Rinko Kawauchi accompagnés par des photos prises avec un téléphone portable. |
Rinko Kawauchi, « Semear », Foil, Tokyo, 2007. |