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Le musée Réattu d’Arles a récemment présenté, du 4 juillet au 28 octobre 2007, une rétrospective consacrée aux travaux de l’artiste allemand Dieter Appelt. C’est en outre l’occasion d’apprécier la parution du magnifique catalogue qui prolonge l’exposition. Il s’agit véritablement de la première publication en français de cette ampleur retraçant les trente ans de carrière de l’artiste. Et notons surtout le grand soin qui a été porté à la qualité des reproductions photographiques par les éditions Actes Sud.

par Julien Voinot

Né en 1935, Dieter Appelt vit et travaille actuellement à Berlin. Ayant tout d’abord suivi une formation de musicien à Leipzig, il étudie ensuite à l’Ecole des beaux-Arts de Berlin où il s’initie à la photographie auprès de Heinz Hajek-Halke. C’est à la fin des années 1970 qu’il entame une œuvre exigeante et austère, pratiquant à la fois la photographie, le cinéma, la sculpture ou le dessin.

Fortement influencé à ses débuts par les travaux de Joseph Beuys ou par les actionnistes viennois, il met en scène son propre corps dans des performances, des photographies et des films, devenant à la fois le sujet et l’objet de ses œuvres. Il considère la photographie comme une allégorie du passage entre la vie et la mort et y voit non seulement une façon de fixer sa propre mortalité mais aussi de capturer le passage du temps. Temps et lumière sont d’ailleurs indissociables dans la plupart de ses premiers travaux. Il opère donc de manière très théâtrale une fusion de son corps avec les matières du monde (terre, pierre) par une sorte de minéralisation. Il poursuit en cela sa réflexion sur le rapport entre l’homme et son milieu naturel.

D’un point de vue technique, il photographie en noir et blanc son visage ou ses mains dans des éléments naturels. Il pratique une série de superpositions infinitésimales de prises de vue innombrables avec un temps prolongé d’exposition, leur donnant une matérialité quasi spectrale. Par ce principe de stratification et en accentuant leur matérialité, le corps ou les objets deviennent véritablement sculpture. Dans sa série des « Objets », il opère de la même façon avec des formes géométriques mystérieuses, hémisphères, cubes issus d’éléments d’architecture industrielle, à qui il donne ce même aspect spectral et tactile. Il utilise donc toutes les possibilités offertes au médium photographique en tentant sans cesse de rendre le temps visible.

Dieter Appelt est marqué dans le même temps par la littérature moderne. On peut citer son travail autour des « Cantos » d’Ezra Pound, à qui il dédie en 1981 une série de photographies des lieux où vécut le poète. Également influencé par les écrits de Raymond Roussel, il s’inspire d’une phrase de l’écrivain et réalise en 1977 sa célèbre série d’autoportraits « La tache que laisse le souffle sur le miroir », où l’on voit l’artiste laisser successivement un nuage de buée sur un miroir.

Enfin, l’exposition et le catalogue permettent de découvrir des œuvres plus récentes ou inédites spécialement créées pour l’occasion telles que ses travaux (photographies, dessins) relatifs au pont de Forth aux Etats-Unis (2004) ou sa série de photographies de sculptures « Ramifications » (2007) qui donne d’ailleurs son nom à l’exposition et au catalogue.
 

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Dieter Appelt
Hubertus Von Amelunxen
« Ramifications »
Éditions Actes Sud et Musée Réattu, Arles, 2007
 

© Dieter Appelt, "Ramifications", Actes Sud, 2007
 

© Dieter Appelt, "Ramifications", Actes Sud, 2007
 

© Dieter Appelt, "Ramifications", Actes Sud, 2007
 

© Dieter Appelt, "Ramifications", Actes Sud, 2007
 

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