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« Essayer de représenter le son – ou plus particulièrement la musique – par une image, c’est toujours une sorte d’échec, parce que le son est immatériel donc invisible ; et parce que cette évocation par la vue exclura toujours l’ouïe. Mais les représentations silencieuses, une sculpture ou une peinture, par exemple, m’intéressent : leur mutisme me semble souvent souligner la nature intangible et éphémère du son. Autrement dit : une image, qui essaye vainement de représenter une présence sonore, devient involontairement la représentation d’une absence. »
Christian Marclay, « Le son en images », dans L’Écoute, textes réunis par Peter Szendy, Paris, Ircam/L’Harmattan, collection « Les Cahiers de l’Ircam », 2000, p. 85-86.

par Daria Joubert

Exposition Christian Marclay, du 17 février au 2 mai 2005, Barbican Art Gallery, Londres

www.barbican.org.uk

À la frontière des arts plastiques et de la performance, Christian Marclay est également une figure de la scène musicale internationale. Artiste multiforme, il est l’un des premiers à avoir mixé les pistes (plastiques et sonores) de la création. Son influence majeure est toujours d’actualité comme nous le démontre avec efficacité l’exposition monographique qui lui est consacrée au Barbican Center à Londres. Se révèle alors comme fondamentale la question du son et de sa représentation visuelle. En travaillant à l’intersection de l’audio et du visuel, c’est avec humour et dérision qu’il revisite l’histoire artistique et musicale. Les références sont nombreuses et établissent des contacts entre les décennies. Ainsi, avec Endless Column (1988), une tour de vinyles qui rappelle la colonne sans fin de Brancusi et nous renvoie en même temps à Erikm, jeune musicien et artiste français, ayant lui-même allongé cette colonne afin d’en mieux briser les aspérités (Staccato, 2003). D’un point commun à l’autre, on pense à leur pratique de "turntablists", ou sculpteurs de vinyles. Comme pour mieux marquer qu’entre artistes tout est question de sample et d’un processus sans fin de reprises et déclinaisons.
Tel le son et sa représentation qui trouve son principe d’écoulement métaphorique dans une œuvre comme Tapefall (1989), jeu de mot sur « waterfall » (cascade) : un lecteur de bande magnétique perché en haut d’une échelle fait entendre un son d’eau qui coule, alors que la bande elle-même se déroule jusqu’au sol, en un chuintement rappelant l’eau gouttant sur les rochers. La pratique de Christian Marclay est symptomatique d’une génération d'artistes pour qui la création est un ensemble de pratiques pouvant à la fois faire appel à la musique, à l’histoire des formes et à son piratage, de manière générique, et sans se prétendre plus musicien qu’artiste (une pièce comme Video Quartet, 2000, est-elle œuvre de musicien ou de vidéaste ?). On pense aussi à un artiste plasticien faisant appel à des musiciens pour mettre ses œuvres en sons (Saâdane Afif). C’est pourquoi si Christian Marclay est un artiste du brouillage fécond entre l’image et le son, on retrouve ce brouillage exploré de multiples manières par l’institution muséale, de Sonic Process à Sons & Lumières au Centre Pompidou, en passant par LIVE au Palais de Tokyo, site de création contemporaine, pour ne citer que des exemples récents à Paris. L’exposition itinérante consacrée à Christian Marclay au Barbican à Londres nous montre ainsi à quel point l’artiste a su traverser des espaces musicaux et plastiques pour en multiplier les dimensions.
 

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Christian Marclay est né en 1955 à San Rafael, Californie. Il vit et travaille à New York.
 

Christian Marclay, Tape Fall, 1989.
Lecteur de bandes, échelle, enceinte, bande magnétique.
Collection privée, New York.
© Barbican, Londres, 2005
 

Christian Marclay, Untitled, 1991.
Epreuve couleur, édition de 8.
Collection de Amerada Hess Corporation, New York, publié par Solo Impression.
© Barbican, Londres, 2005
 

Christian Marclay, Virtuoso, 2000.
Accordéon modifié.
Israel Museum, Jérusalem ; don du West Coast Acquisitions Committee of the American Friends of the Israel Museum.
© Barbican, Londres, 2005
 

Christian Marclay, Footstompin, de la série Body Mix, 1991.
Couvertures de disques et fil.
Collection David Hutchinson.
© Barbican, Londres, 2005
 

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