EDIT:
 

J’ai rencontré MJ Sharp pendant mon séjour à Durham en Caroline du Nord, en 2008. Elle enseigne la photographie à l’Université de North Carolina (UNC), Chapel Hill et au Center for Documentary Studies (CDS) de Duke University. Son travail est actuellement présenté au 6th Annual Photo Biennial, East Carolina University, Greenville, NC jusqu’au 18 février 2009. Elle a participé à nombreuses expositions comme par exemple "The Rural South: Real and Imagined: Slow Exposures" au Pike County, Georgia en 2008, organisé par le curateur Jamie Allen du George Eastman House et Mike Smith du ETSU (1). Comme photo-journaliste, ses reportages ont été publiés dans le New York Times et son supplément et dans le Colombia Journalism Review. De 1991 à 2000 elle a travaillé comme photographe pour le Independant, une revue hebdomadaire alternative basée à Durham. Ses photographies se trouvent dans plusieurs collections, parmi d’autres The Henry Copeland Art Collection, UNC (2) et The Frank Konhaus and Ellen Cassidy Collection à Durham.
J’ai proposé le travail de MJ en portfolio d'EDIT : car le thème de ce numéro est la nuit. Ses photographies ont toutes été prises pendant la nuit et elles nous fascinent par leur traitement de la lumière et de la couleur, et la force de leur imagination. Elles nous offrent une mise en scène étrange et une vision américaine de paysages inconnus mais d’une beauté extraordinaire.
Il est temps de rencontrer cette photographe incroyable !

par Saskia Ooms

Traduction par Ann Schnell

Saskia Ooms : D’où vous est venue l’idée de photographier de nuit et pourquoi cela vous attire-t-il ? On dirait presque une aventure qui fait peur ou même une performance, qui repousse les limites de l’expérience physique.

MJ Sharp : Je dirais que l’idée de prendre des photos en pleine nuit était surtout une réaction à la maladie grave et à la mort de quelqu'un de ma famille il y a quelques années. La vie mouvementée et chaotique de photo-journaliste que j’avais menée auparavant sonnait alors faux. En fait, plusieurs aspects de la vie quotidienne sonnaient faux. Quand les gens sont malades ou mourants, ils sont extrêmement fragiles, et si vous vivez cette expérience intime avec eux, le monde peut paraître dangereux pour ces êtres fragiles que vous aimez. En fin de compte, j’ai trouvé que le rythme de vie dans ce pays était un assaut perpétuel. Pour expliquer comment tout cela a fini par s’exprimer à travers mon art, ça s’est passé ainsi. Quelques années après, une nuit alors que je rentrais à la maison et j’ai vu un carré de jonquilles éclairé uniquement par des lampadaires. Les jonquilles sont des fleurs tellement résistantes dans la journée : elles paraissent imbattables. Pourtant, à la lueur d’un lampadaire elles révèlent une délicatesse qui passe inaperçue pendant la journée –les pétales sont si fins, si légers, on dirait du papier et on voit très bien quand il y en a un morceau qui manque ou qui a été abîmé. Ces jonquilles étaient comme des substitues de ces personnes que j’ai tant aimées. A partir de ce moment-là, a commencé une période de quelques mois où je prenais des fleurs en photo la nuit. Au début, c’était surtout dans mon voisinage. Mes voisins sont des gens extraordinaires et des jardiniers extraordinaires. Ils n’avaient pas le moindre problème à l’idée de me trouver allongée dans leurs parterres de fleurs en pleine nuit. Le monde, avec sa panoplie d’efforts humains et tout son stress, une fois endormi me paraissait beaucoup plus sûr que pendant la journée. Je me faisais du thé et je prenais ma radio portable avec mon appareil photo et tout le matériel dans les jardins où je passais des heures et des heures à prendre des photos (généralement je n’en prenais que 4 ou 6 par nuit car chaque exposition pouvait durer 30 minutes) tout en écoutant une très bonne station de jazz locale. Peu après, j’ai élargi mon champ de travail et j’ai quitté mon quartier. Mais à partir de ce moment-là, l’obscurité me paraissait familière et naturelle, où que je me trouve, c'est à dire plus souvent au bord de routes inconnues que dans les jardins des voisins.
Que ce soit avec mes premières photos de fleurs ou celles plus récentes de paysages, une grande partie de mon travail consiste à repousser les limites de l’expérience physique. D’habitude je choisis des endroits et des sujets qui proposent, la nuit, une expérience très différente de celle de jour. Par exemple, les gens ont tendance à ignorer les fleurs la nuit, mais elles ont une vie complètement différente à cette heure-là. Une fois, j’ai vu une mouche qui semblait sommeiller immobile sur un pétale de fleur. J’ai passé la main par-dessus et l’insecte n’a même pas bougé. C’était vraiment une expérience étonnante. Quelques minutes plus tard, j’y ai jeté un coup d’œil, et elle était partie. Il s'avère que la mouche était endormie. C'était une expérience fabuleuse à vivre avec une mouche. Une autre fois, j'étais restée debout si longtemps à coté du trépied, à attendre la bonne exposition que j’avais fini par me confondre avec le paysage, car deux animaux sont sortis du bois jusqu’à la lisière du champ et ils ont patrouillé le périmètre ombrageux, apparemment ignorants qu’il y avait une autre présence dans cet espace avec eux. Ils n’avançaient ni comme des chiens, ni comme des chats, ni comme des ratons laveurs. J’ai enfin compris qu’il devait s’agir de renards. La plupart du temps, avec des expositions longues, ce genre d’expérience de l’espace n’entre pas directement dans mes photos en tant que sujet en soi ; cependant ce sont de telles expériences qui me poussent à rester au bord de la route et au bord des champs, toujours attentive. C’est une chose incroyable que de ne pas bouger et de rester solidaire avec une scène de nuit trop souvent négligée. Cela ne m’arrive pas souvent de croiser des renards ou des mouches qui semblent dormir, mais c’est toujours une révélation d’être là et d’assister à une scène qui serait autrement désertée, tout en sachant que la magie de l’exposition longue conservera l’essence de ce que j’éprouve et que cette technique ajoutera sa propre magie alchimique à l’ultime performance de mon expérience : la photo. Les couleurs peuvent changer. La lumière s’accumule sur la pellicule d’une manière sélective, selon le reflet relatif de ce qu’il y a dans la scène. C’est complètement magique. Récemment, j’ai commencé à jouer avec des objets blancs dans des compositions au crépuscule. Les objets blancs continuent à refléter la lumière d’une façon différente du reste de la scène pendant que le crépuscule devient nuit. La photo a un aspect familier mais inquiétant parce que ce n’est pas une scène que l’on pourrait saisir dans son ensemble en temps réel dans la mesure où elle dépend du reflet variable des éléments de la composition ajoutés à la lumière changeante. Je prends vraiment du plaisir à prendre ce genre de photos, peut-être parce que cela me donne l’impression que le crépuscule et la nuit ne font qu’un avec moi et collaborent avec moi afin que je puisse les capturer en photo.

S.O. : Comment est-ce que vous procédez ? Comment est-ce que vous sélectionnez vos lieux de prise de vue ? S’agit-il d’endroits qui vous sont familiers ?

MJ S. : En ce qui concerne ma façon de procéder, ça dépend. Des fois je vois quelque chose dans la journée qui est tellement saisissant que je sais que je veux revenir dans la nuit pour voir ce que ça donne. Plus souvent, je suis frappée d’abord par quelque chose que je vois de nuit et donc j’essaie de le photographier dans les jours suivants. Plusieurs photos m’ont échappé parce que je ne les ai pas prises toute de suite, et pour cela je suis seule à blâmer. De temps en temps j’ai juste de la chance en chargeant mon matériel dans la voiture quand je sors pour trouver un sujet. J’essaie de partir de chez moi entre 22h et minuit pour pouvoir rentrer vers 2h ou 3h. Quand je travaille comme ça, j’ai un mode de vie assez bizarre. Le téléphone reste éteint et je ne prends jamais rendez-vous pour quoi que ce soit avant midi !
J’ai également pris pas mal de photos à la lueur de la lune. Ce genre de photo peut produire des images obsédantes car la lumière est très belle, mais cela reste assez difficile à faire. La lune n’est assez pleine que 4 ou 5 jours par mois si on veut s’en servir pour la photographie, pour peu qu'il n'y ait pas de pluie ou un ciel couvert. Et en Amérique du Nord, la lune ne se prête bien à la photographie qu’en hiver car en été le soleil reste trop bas sur l’horizon pour que ce soit exploitable. La lune se lève 30 à 40 minutes plus tard chaque nuit (ça c’est une leçon que j’ai tirée de mes erreurs !). Mais cela vaut le coup si vous réussissez à prendre une photo qui vous plaît, et maintenant j’ai un grand respect pour l’expression « la lune inconstante. »

S.O. : Qu’est-ce que vous utilisez comme matériel ?

MJ S. : J’ai quelques vieux Grapflex « Super Graphic » des appareils-photos 4x5 et également un appareil photo 8x10 dont je ne me sers que rarement. J’ai un trépied qui est assez solide et un autre qui est extrêmement solide. Les deux sont lourds, mais ils valent leur pesant d’or, bien sûr, quand on fait des expositions qui peuvent durer jusqu’à une heure. J’ai une vraie tendresse pour ce matériel, bien qu’il soit usé. Il est très solide. Je peux tout jeter sur le siège arrière de ma voiture sans craindre de l'abîmer. C’est comme ça qu’on finit par aimer un appareil photo.

S.O. : Grâce à cette lumière spéciale vos images sont excellentes. Elles semblent transcender le support photographique. Qu'est-ce que cela signifie-t-il pour vous ?

MJ S. : Il est vrai qu’au fil du temps le rôle de la lumière dans la photographie est devenu une obsession. L’origine de cette obsession croissante (voir photos au crépuscule ci-dessus) se trouve probablement dans la magie qui existe dans la capacité d’enregistrer ces scènes de nuit à condition de laisser la lumière en contact suffisamment longtemps avec la pellicule. Je suis toujours étonnée de pouvoir braquer l’objectif vers quelque chose de si ténébreux qu’on peut à peine distinguer la scène suffisamment pour la composer dans le dépoli. Mais si vous laissez l’obturateur ouvert sur la scène pendant 40 minutes, il finira par capturer une très belle interprétation de la composition, qui peut être tirée, avec des détails supplémentaires qu’on ne parvenait pas à distinguer au moment de la prise de vue à cause de l’obscurité. Pour ce qui est du tirage, je préfère un papier glacé dont la surface reflète la lumière qui pourtant est un cauchemar à travailler (parce que souvent mes photos ont beaucoup de tonalités profondes, si l’épreuve n’est pas bien éclairée, la surface brillante d’une photographie sombre finira par agir comme une espèce de miroir). J’ai essayé de ne pas trop privilégier ce type de papier, mais ce genre de photos, qui dépend tellement de la lumière semble nécessiter la somptueuse surface d’un papier glacé. En fait, quand j’étais en thèse, je me suis rapprochée d’un de mes profs qui lui aussi aimait cette qualité brillante, même s’il comprenait que ce papier n’était pas facile à travailler. Il faisait de la céramique donc ça me paraissait logique qu’un homme fasciné par les glaçures puisse comprendre mon obsession des surfaces brillantes.

S.O. : Vos photos expriment la solitude, la désolation, l’abandon et l’aliénation. Elles paraissent avoir été soigneusement mises en scène. Pourriez-vous expliquer votre intérêt pour cette tension aliénée ?

MJ S. : Vous avez tout à fait raison. Elles ont l’air d’avoir été mises en scène, pourtant je viens seulement de commencer cette pratique en plaçant des objets en extérieur en situation avant de les photographier. La plupart du temps, je trouve que cet aspect théâtral de la photo vient de l’éclairage artificiel, rude et linéaire, qui les illumine. On n’est guère habitué à voir quelque chose illuminé sous de tels angles. Pour être exact, on a plutôt tendance à marcher aussi vite que possible à travers un environnement aussi brutalement éclairé ; ce genre d’obscurité ne nous plaît pas et donc on n’a jamais appris à y rester et à l’apprécier. En ce qui concerne cette notion de l’isolement que vous avez justement remarquée, c’est tout à fait ça. J’aime les éléments qui composent les scènes que je prends en photo et je sens presque systématiquement une sorte d’affinité avec eux. Il s’agit encore de participer à ces scènes au moment où la plupart de l’humanité les ignore. Elles ont cessé de contribuer à la vie active de la société, que ce soit momentanément comme un bâtiment vide la nuit, ou que ce soit d’une manière plus permanente comme on le voit avec le silo abandonné près d’Amarillo. Cependant, ces scènes ne me paraissent pas sans espoir. Elles me frappent d’abord à cause d’un élément particulier qui semble abandonné et négligé, mais en y restant plus longtemps, je commence à distinguer des rapports entre plusieurs éléments de la scène et finalement je trouve qu’ils commencent à former des portraits de groupe (encore une fois je pense au silo et sa maison contiguë, ou même la maison avec la lune et les étoiles filantes dans le ciel). Même s’il est vrai que je suis toujours attirée par ces éléments qui semblent seuls et ignorés, je reste quand même avec eux et j’arrive à voir qu’ils ne sont vraiment pas seuls, il y a toujours une lumière quelconque qui ne les quitte pas.

S.O. : Quels sont les œuvres, les artistes, et les photographes que vous appréciez ? Quels artistes vous inspirent ? Est-ce qu’il y en certains dont vous vous sentez proche ?

MJ S. : Une artiste dont l’influence est fondamentale est un peintre de paysages dans le Midwest des Etats-Unis qui s’appelle Theresa Handy et qui travaille principalement dans le Minnesota près de Minneapolis. La période de son travail que je trouve la plus sublime date de la fin des années quatre-vingt-dix, quand elle faisait des paysages très minimalistes à l’huile avec une sorte de glacis très fin de telle façon qu’on aurait dit que ses tableaux brillent de l’intérieur. On dirait l’enfant naturel de Mark Rothko et du Titien. Et puisqu’on remonte jusqu’à Titien, mon tableau préféré (et malheureusement je ne l’ai encore jamais vu) est la « Déposition » de Rogier Van Der Weyden au musée du Prado. Je suis amoureuse de son travail depuis qu’on me l’a présenté en 1982 dans un cours d’histoire de l’art sur la Renaissance du nord. Plus récemment, j’ai vu un peu le travail de Justine Kurland dans une exposition temporaire en 2001. J’adore ce qu’elle a fait sur la Nouvelle Zélande ; il me semble qu’elle a réussi à capturer et à rendre concret cet esprit d’amorphisme indomptable qu’il faut avoir quand on est une jeune fille dans la nature avec sa tribu. Je suis très reconnaissante qu’il existe une interprétation aussi fascinante de ce moment de la vie d’une jeune fille.

S.O. : Vous enseignez la photographie aussi. Est-ce que cela influence la façon dont vous regarder votre travail et les photos en général ?

MJ S. : C’est intéressant. Même si ça fait longtemps que je fais de la photographie dans différentes situations (grâce à une décennie de travail comme photo-journaliste), je pense que moi aussi je suis coupable des fois de ne pas comprendre combien il est difficile de prendre une photo. J’ai l’habitude de regarder des photos avec les étudiants et de les aider à résoudre des difficultés ou des choses qui étaient un peu ratées. Ca c’est très facile à faire. Ce qui me frappe c’est quand le contraire m’arrive. Souvent, des photos très réussies ont l’air faciles et inévitables et souvent il faut que l’étudiant m’explique sa lutte avec l’image pour que je puisse me rendre compte de la difficulté, « Mais bien sûr ! Le fait que ça ait l’air tellement parfait explique pourquoi ça devait être plutôt difficile à réaliser. » Cela m’aide à comprendre pourquoi les photographes, comme d’autres artistes, se sentent souvent incompris. Comment les gens peuvent-ils comprendre l’effort intense derrière une photo puisque, si elle est réussie, cela paraîtra facile. C’est un véritable problème.

S.O. : Quels sont vos prochains projets ?

MJ S. : Je suis passionnée par ce que j’appellerais les, « paysages domestiques à l’intérieur en pose longue. » Par « intérieur » je veux dire près de mon évier ou des étagères du frigo, par exemple. Et par «pose longue », je veux dire semblable à ce que je fais à l’extérieur –le temps de la pose est long et le résultat incertain, mais c’est la technique que j’utilise pour capturer des scènes sous une lumière faible. Cette méthode est directement liée à l’idée dont je vous ai parlé au début, par rapport à la fragilité du monde et des gens. Le monde n’a pas de place pour les faibles et je dirais que c’est à peu près pareil pour ces compositions. Ces fruits et légumes et autres déchets ménagers ne sont pas utiles dans un monde obsédé par la perfection et les résultats. Mais leur dénouement reste encore dans le processus, même si les gens ne se penchent pas pour le voir ni pour le laisser se produire.
C’est satisfaisant d’avoir fait ce genre de travail suffisamment longtemps pour que les scènes prises en photo sous une lumière tamisée et qui vont agir sur la pellicule d’une certaine façon me paraissent désormais naturelles. C’est un ensemble de compétences plutôt excentrique qu’on utilise afin d’évaluer comment une scène faiblement éclairée se transformera au fil de la pose longue au point de devenir quelque chose de nouveau tout en gardant un aspect familier. A ce moment-là, cet ensemble de compétences devient pour moi comme un très vieil et très fidèle ami.
 

Notes

(1) East Tennessee State University.

(2) The University of North Carolina at Chapel Hill.
The Henry Copeland Art Collection, The University of North Carolina at Chapel Hill : voir carolinaunion.unc.edu/index.php?option=com_content&task=view&id=98&Itemid=82
 

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www.mjsharp.com/
 

"Threaded"
29 x 37 inches
C-print on polished plexiglass
© 2006 MJ Sharp
 

"Outside Amarillo, Texas"
29 x 37 inches
C-print on polished plexiglass
© 2006 MJ Sharp
 

"Storage Pod"
29 x 37 inches
C-print on polished plexiglass
© 2006 MJ Sharp
 

"Outbuilding in Texas"
29 x 37 inches
C-print on polished plexiglass
© 2007 MJ Sharp
 

"Backyard Fence"
18.5 x 24 inches
Pigment print
29 x 37 inches
© 2006 MJ Sharp
 

"Highway 70"
29 x 37 inches
C-print
© 2006 MJ Sharp
 

"East Tennessee Road"
20 x 24 inches
C-print
© 2007 MJ Sharp
 

"Winter Station (New Mexico)"
20 x 24 inches
C-print
© 2007 MJ Sharp
 

"Melinda's Moon"
18.5 x 24 inches
Pigment print
© 2007 MJ Sharp
 

"Hatchback View of Tennessee"
18.5 x 24 inches
Pigment print
© 2008 MJ Sharp
 

"Compost"
24 x 30 inches
Pigment print
© 2008 MJ Sharp
 

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